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Quelques facettes de mon voyage
Dans les sacoches : un anglais trébuchant, un passeport vierge, une carte du Monde, plusieurs dizaines de kilos de matériels et … c’est parti, le 6 novembre 2005, la bicyclette vacille sous le poids, les roues zigzaguent comme celles d’un enfant donnant ses premiers coups de pédales, les courbatures sont tenaces mais l’envie encore plus ….
J’entraine mon frère dans l’aventure, pendant sept mois nous roulerons ensemble. En Iran je prends l’initiative de poursuivre le périple seule (27 mois) afin de vivre un voyage qui me ressemble, à mon rythme, au gré des rencontres, de mes envies, de mes possibles et de mes limites.
En juillet 2006 c’est un nouveau voyage qui commence … Jusqu’en septembre 2008 je roulerai seule.
Humainement et culturellement : (Quelques unes des expériences les plus marquantes)












> Iran (juillet 2006) et  Pakistan (juin-juillet 2007), loin des clichés médiatiques ces deux mois m’ont dévoilé des hommes et des femmes chaleureux et bienveillants ; C’est aussi la rencontre avec des êtres déchirés et opprimés désapprouvant à mots couverts leur gouvernement. A Islamabad lors des attentats de la Mosquée Rouge (juillet 2007), je suis radicalement confrontée aux problèmes politico-religieux du Pakistan. Des sujets d’une actualité saisissante.
 

> Afghanistan bouleversé et bouleversant (juillet 2007) : Je gagne Kabul par la passe de Khyber, voie de passage historique de l’Europe vers l’Inde et le Pakistan. Sur les pistes de l’ancienne Route de la soie, je découvre un peuple profondément meurtri, qui compte la population de réfugiés la plus importante au monde, mais qui est aussi pleine d’espoir.
De Kabul à Hérat, en passant par Bamyan, Band-e-mir, Minaret Jam et Mazar-é-Charif je décèle des chefs d’œuvre architecturaux et des paysages spectaculaires.
Et, au contact des Pashtouns ou Hazaras, citadins, montagnards ou nomades, j’entrevois l’organisation sociale traditionnelle structurée en tribu et en clan, l’autorité du père, et la sujétion des femmes qui  constituent encore des traits dominants de la société afghane.

 Quatre mois d'hiver au Ladakh / Zanskar (janvier-avril 2007)
Pays situés dans le nord de l’Inde et impénétrables par leurs voies de communications terrestres huit mois par an. Région habitée la plus haute au monde. 
Cet ancien royaume à l’identité culturelle distinctive est profondément affecté par un morcellement de son territoire d’origine. (L’Inde en possède une grande partie, une portion de la vallée du Cachemire est sous la tutelle du Pakistan et le plateau de l’Aksaï Chin est sous contrôle chinois).
Au rythme lent du froid, des rivières gelées, des thés au beurre salé, des grincements des moulins à prières, je partage la vie simple et rude des Ladakhis. Loin de l’abondance et du confort occidental, dans l’isolement imposé par les conditions climatiques où eau courante, chauffage, électricité et variété alimentaire sont insignifiantes, j’apprends à vivre autrement…. Et passionnément




 

Inde (juillet-décembre 2006)
Le 13 juillet 2006, au lendemain des attentats qui secouaient la ville de Bombay, je plonge dans une cohue monumentale : 1 milliard d’individus, 200 millions de vaches errantes, un melting-pot de huit religions dont l’hindouisme qui compte plus d’un million de dieux..
Pendant cinq mois, sur 3.000 km à travers dix Etats, je me fraye un chemin au milieu des vaches, éléphants, armées de singes, chèvres, piétons, charrettes, tracteurs, vélos, mobylettes, poussepousses, auto-rickshaws et files de voitures klaxonnant à qui mieux mieux ! Je pédale de la pauvreté extrême des intouchables que Gandhi appelait « les enfants de Dieu » aux richissimes hommes d’affaires ; du système de vie sociale traditionnelle majoritairement répandus (mariages arrangés, plusieurs générations sous le même toit) au mode de vie à l’occidentale, des pratiques ancestrales (persécutions et châtiments publics de femmes) à la plus grande démocratie du Monde.
Comment garder la route dans un univers si déroutant... ?

Chine De septembre 2007 à mars 2008, je parcours 6.000 km dans un pays qui se révèle comme étant celui des plus grandes diversités culturelle, environnementale et sociale rencontrées jusque-là : la Chine. Représentant 1/5 de la population mondiale et constituée de 52 ethnies, elle a vécue coupée du reste du monde pendant quelques décennies, prisonnière du système maoïste. En 1976, Mao laissait à sa mort un peuple ravagé par le règne de la dénonciation, la violence et la persécution et une nation enlaidie plongée dans un désert moral et intellectuel.

Des hauts plateaux Himalayens au désert de Gobi en passant par les montagnes Qilian Shan et les villes fourmilières ; des paysans pauvres aux citadins ultra consommateurs ; de Lhassa à Pékin via Chengdu, trois villes sous les feux de l’actualité internationale (affrontements violents, Jeux olympiques et tremblement de terre)  j’appréhende les masses chinoises et les minorités Ouïghours, Tibétaines ou Mongoles avec émerveillement…

 


Sportivement : (Les coups de pédales les plus spectaculaires)
  Le Tibet en hiver (février 2008). Les conditions climatiques extrêmes m’imposeront de faire preuve d’ingéniosité et d’une volonté sans faille pour réaliser cette traversée hivernale : Je « bricole » un équipement de fortune en doublant mes polaires, fabriquant des protèges doigts et des chaussettes en peau de bête, en recouvrant mon matelas d’une épaisse peau de mouton,... Il me faudra trois semaines, face à un vent mordant, pour franchir le plateau tibétain du sud au nord, avec un vélo de plus de 100kg !!
Photo : 300 km au nord de Lhassa, ce matin-là le thermomètre affiche -15 °
La chaine himalayenne (Ladakh avril-mai 2007, Tibet de l’ouest septembre-novembre 2007) : une vingtaine de cols parmi les plus hauts du monde et 4.000 kilomètres sur des mauvaises pistes au cœur d’un environnement désolé mais majestueux. Dans la solitude avec plusieurs dizaines de kilos de vivres, je pédale des kilomètres harassants dans des espaces sauvages sans fin … à n’en pas douter ma plus grande aventure ! 
Photo : col à 5.200 m d’altitude, rencontre fortuite avec un chinois allant dans l’autre sens.
 
  Traversée du Zanskar (avril 2007) à vélo seule, je la poursuis à pied avec des villageois, vélo et sacoches à dos d’âne pour finir à dos d’homme. La petite caravane que nous formons se faufile entre les crevasses, sur une impressionnante épaisseur de neige glissante, à travers les lacs gelés et dans le lit des rivières figées. Mon manque d’expérience dans de telles conditions et le régime alimentaire fait uniquement de tsampa (farine d’orge) et de tchang (alcool d’orge) rendent la cadence de ses montagnards, équipés comme dans les années 60, infernale ! Mais la montée au col à 5.200 mètres d’altitude, dans l’immensité vierge, blanche et silencieuse est la récompense de plusieurs jours de marche éprouvante et intense.  
Photo : tente nomade à 5 000 m d’altitude
Désert de Gobi (Mongolie, mai 2008) Steppes venteuses et sableuse à perte de vue, très peu de circulation mais des pistes dans tous les sens …
Finalement dans le désert, c’est un peu comme dans la vie : une piste ou l’autre, il faut choisir !
Photo :  piste dans les steppes mongoles. Les premiers camps sont à 200 km.